Louise
Charlier
« En détournant les codes institutionnels et scientifiques, je compose des installations à partir de corpus volontairement ambigus, floutant les frontières entre réalité et fiction. »
Et si d’autres avenirs étaient possibles ? La vocation de Louise Charlier s’incarne dans Roscosmic Speculative Space Agency, un projet artistique pluridisciplinaire et narratif qui détourne les codes de la conquête spatiale pour adopter une perspective inversée : celle d’une exploration terrestre, attentive au récit que l’on construit sur la planète elle-même.
Spéculer pour transformer le réel
« Mon projet Roscosmic Speculative Space Agency propose un regard alternatif, auto-ironique et critique sur l’avenir. Il tisse des liens entre le passé (héritages ruraux, artisanaux ou low-tech) et l’imaginaire de la science-fiction. Il s’inscrit dans la lignée des mouvements futuristes contemporains, tout en se plaçant depuis un point de vue situé : celui d’un territoire occidental postcolonial, qui reconnaît les ravages de sa propre modernité et cherche à réinventer l’avenir depuis la conscience de ses fautes.
À travers des installations, performances, vidéos et dispositifs multimédias, je cherche à ouvrir d’autres avenirs possibles et à donner une voix à celles et ceux que le récit dominant laisse de côté, dans un monde en mutation écologique et politique. »
Une histoire de famille
« Dans sa jeunesse, mon grand-père faisait partie d’un groupe d’ufologues baptisé les Rosco, en référence aux villages de Rosmel et Cortix, où était implantée la ferme familiale. Plus tard, des ovnis furent aperçus dans cette région où j’ai grandi. Cette histoire familiale a nourri mon intérêt pour la puissance des récits spatiaux et constitue le socle de mes recherches.
Au début de mes études, je me suis intéressée à la notion d’espace-temps en travaillant sur les calendriers solaires qui sont les premiers artefacts reliant la Terre au cosmos. Cette recherche m’a menée à la lecture de travaux scientifiques sur les météorites, la Station spatiale internationale et les ovnis, ouvrant un champ d’exploration pour interroger notre condition terrestre et nos rapports au savoir. »
La science-fiction comme outil politique
« Mon mémoire de Master, consacré à la construction des images spatiales, a marqué un tournant : il m’a permis de déconstruire les représentations dominantes de l’espace et de mieux comprendre les idéologies qu’elles véhiculent.
C’est à ce moment que mon travail artistique a pris une dimension plus engagée. Je me suis inspirée des mouvements futuristes et de leur manière d’utiliser la fiction comme outil politique pour inventer d’autres avenirs. Cette approche performative du récit, où l’imaginaire devient un moyen d’action, m’a profondément marquée et m’a conduite à imaginer le terme “Futurisme Belge” dans lequel prend place le projet transmédiatique Roscosmic Speculative Space Agency. »