Josse Wayembergh, lauréat 1971 : « Rien n’eût été possible sans le soutien initial de Vocatio »

C’est en 1971 que Josse Wayembergh a reçu un courrier qui allait changer le cours de sa vie : il était lauréat Vocatio ! Pour cet étudiant en difficulté, la nouvelle ne pouvait mieux tomber. Il nous livre, dans ce billet, l’impact qu’a eu Vocatio sur son chemin de vie.

Le courrier qui change la donne 

« Passer de l’hiver à l’été, de l’indigence à l’espoir, en quelques heures, n’est-ce pas chose peu banale ? C’est pourtant mon vécu inopiné d’étudiant architecte démuni, en fin de cycle universitaire, exposé à décider du sujet de sa thèse de diplôme, sujet sensible à l’époque de l’éveil à la conscience écologique !

Tirer les leçons de vie des populations dites "primitives", vivant en harmonie intégrale avec notre "mère-nature" afin de voir dans quelles mesures leurs traditions constructives pouvaient inspirer les concepteurs occidentaux, œuvrant alors généralement sans règles ni lois, ou si peu, était mon objectif déclaré de bonne date. Mais, dépourvu de l’élémentaire denier permettant l’analyse in situ aux Amériques, le renoncement était quasiment assuré lorsque, soudain, apparu ... le soleil salvateur ! Un courrier officiel de la Fondation Belge de la Vocation m’annonçant la recevabilité de ma demande d’aide en vue de favoriser l’épanouissement de ma vocation, me libérant ainsi de l’étreinte financière, restitua ma confiance en l’avenir.

Tout avait pourtant bien commencé pour moi ! Puîné d’une fratrie de petite bourgeoise provinciale, à l’éducation sérieuse déjà assortie d’une initiation à la diversité culturelle (piano à 5 ans, guitare classique espagnole de 9 à 13 ans, interprétation de Dylan, Aufray à la guitare-harmonica en première adolescence, voyages familiaux réguliers aux confins du pays ...), je semblais suivre la voie chérie par la bonne société établie d’alors, il y a cinq décennies, lorsque survint la fermeture brutale de l’activité familiale, anéantissant, de fait, tous mes espoirs d’avancement serein dans la formation architecturale, ma vocation principale ! » 

Il n’était plus question d’abandonner

« Il y avait, dès lors, avec cette gratification inattendue, la bourse Vocatio, raison à reconsidérer les choses dans leur ensemble et à tirer le meilleur de cette opportunité fortuite pour autant qu’une gestion appropriée la gouverne.

J’ai donné priorité à l’étude des populations initialement sélectionnées sur une durée de cinq mois qui permit la collecte d’informations fondamentales pour la démonstration envisagée et la rédaction d’une synthèse conceptuelle pratique qui deviendra mon fil conducteur pour toute la suite de ses activités faisant l’objet de la publication d’un premier ouvrage : La Conception Souple dans le cadre d’une "diplomatie" en/de l’architecture. » 

D’autres portes se sont ensuite ouvertes

«  Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, le programme d’échange entre l’université de Kyoto et St Luc Tournai se trouvait sans candidat belge pour en assurer la pérennité. Une bourse d’un an, complétée par deux années supplémentaires offertes par le Ministère Nippon de l’Éducation me permis l’étude approfondie de la conception de jardins japonais, se soldant par la publication d’un ouvrage de référence, Japanese Gardens Design and Meaning, publié six ans plus tard par McGraw-Hill, éditeur scientifique américain majeur.  

La fréquentation prolongée de l’environnement asiatique m’a amené à la découverte de la notion fondamentale du Yin-Yang : "L’un résulte en l’interaction entre deux opposés complémentaires". Après cette assimilation, il me semblait tout naturel de dénommer SEARCH  (Sociologie, Écologie, Archi-texture) mon cabinet de travail créé au retour du Japon, et de lui adjoindre le sigle adapté du Yin-Yang afin d’afficher ouvertement la connotation conceptuelle adoptée et suivie, dès que possible, tout au long de mes prestations variées.

Group Search

De retour en Belgique à un moment où la construction était amorphe et les opportunité d’embauche quasi inexistante, l’option «  exportation » devint évidente avec l’accroissement de la demande, notamment au Moyen Orient. Au grand dam des bureaux d’architecture majeurs locaux, en souffrance d’activité locale, je fus intégré au groupe de construction international Besix, pour en devenir, quelques années, plus tard, "Chief Architect".

S’en est suivie une spirale ascendante, de la prospection tous azimuts, 104 pays visités dont 34 dédiés aux activités professionnelles et développement d’une conscience existentielle d’une rare ampleur. J’ai mis en place des collaborations et partenariats les plus variés : Communautés Européennes, FED (Fonds Européens de Développement), groupes Hospitaliers et Hôteliers majeurs, conférences-congrès aux Émirats Arabes Unis, panoplie conceptuelles à 360° passant du traitement de dispensaires santé dans le désert Tchadien à la réalisation de l’hôtel de l’aéroport international de Moscou Sheremetièvo II dans le cadre de la Perestroïka de Michael Gorbatchev.

Je me suis aussi octroyé un complément de formation à la Faculté Agronomique de Gembloux afin de répondre aux exigences particulières de certains bailleurs de fonds (Asian Dvlpt. Bank ... ) notamment lors de la participation aux remembrement de la province vietnamienne de Nghe-An, qui m’a ramené à mes préoccupation écologiques initiales. »

Passé, présent et avenir sous le signe de la vocation 

« J’ai une personnalité à facettes diversifiées. La rigueur méthodique qui m’était nécessaire en architecture retrouva, avec les ans, l’exubérance de la créativité artistique de mon enfance en composition musicale et en peinture artistique, avec là aussi, l’adoption de la déclinaison "diagonale"  des éléments, découverte dans certains jardins japonais, servant à l’optimisation de la perception visuelle. J’ai appliqué cette approche atypique, selon les circonstances, dans la conception architecturale mais aussi dans mon expression artistique se déclinant de manière telle que décrite dans mon site www.diagonart.net

Architecture diagonale - Copyrights SEARCH

Au terme d’une vie bien remplie, me vint, inévitablement, la réflexion spontanée portant sur le récapitulatif de l’accomplissement personnel et l’évaluation, simplement factuelle, de tout ce qui a pu être délivré par l’homme ! 

Premier constat et non des moindres : la gratitude et le ressenti émotionnel perçus lors de la remise du certificat de lauréat des mains propres de Mr Émile Bernheim, fondateur émérite de  Vocatio, entrepreneur immobilier respecté, s’adressant, les yeux dans les yeux, à  un étudiant soixante-huitard "hippisant", l’invitant à prendre langue avec lui, personnellement, en cas de difficulté éventuelle à l’embauche, et ceci, dès la fin de sa formation universitaire ! La confiance accordée de prime abord ! Comportement hors normes !

Second constat sans appel : rien n’eut été possible, pareil, aussi diversifié, aussi ample sans le soutien initial conséquent de Vocatio à l’adresse d’une jeunesse positivement volontariste ! 

Enfin, vu l’impact majeur du soutien initial de Vocatio  sur la réussite sociétale du bénéficiaire, l’adhésion enthousiaste à l’intention de Vocatio d’initier un nouveau module d’aide sous forme d’un "Fonds des Anciens" ne pouvait qu’être confirmée ! Non seulement sous forme d’apport financier mais aussi, à étudier, sous forme de partage d’expérience  avec la nouvelle génération. Affaire à suivre ! » 

Josse Wayembergh
Sciences et techniques